BUT – PRINCIPE DIRECTEUR – MINH LY DAO EN RELATION AVEC LE CONFUCIANISME, LE BOUDDHISME, LE TAOÏSME ET LA PHILOSOPHIE
CHAPITRE PREMIER
Résumé
I. Le But. Le chapitre s’ouvre sur une cosmologie : le mot Dao (la Voie) possède trois sens croissants — un chemin littéral, un principe fixe (la juste raison) que chacun doit suivre, et enfin la fin ultime elle-même, le But premier. Selon le Livre des Mutations, le Ciel et la Terre ne connaissent que l’énergie yin et l’énergie yang, lesquelles procèdent d’une seule substance absolue appelée le Faîte Suprême (Thai Cuc) ; en amont du Faîte Suprême, avant tout son et toute trace, se trouve le Faîte Sans Bornes (Vo Cuc). L’auteur cite plusieurs vers classiques (dont ceux du maître Dao Quang et du Ngo Chon Thien) décrivant cette substance première, sans forme, antérieure au Ciel et à la Terre, d’où procèdent le yin et le yang, puis, par leur union, les dix mille choses. Il distingue ensuite le Ciel Antérieur (Tien Thien), énergie encore pure et parfaite, du Ciel Postérieur (Hau Thien), énergie déjà grossière et matérielle, gouvernant respectivement la génération et l’achèvement des êtres. Sur le plan anthropologique, l’être humain, « petit Ciel-et-Terre », possède lui aussi ce principe et cette énergie, appelés Nature et Destinée, Esprit et Souffle. Citant le Livre des Odes (« le Ciel, en engendrant les peuples, a établi pour toute chose une règle ») et le Livre des Rites (« quand la Grande Voie est pratiquée, tout ce qui est sous le Ciel appartient au bien commun »), l’auteur conclut que la Voie est une loi d’équité commune à toute l’humanité, non la propriété d’un fondateur particulier — rejoignant, note-t-il, la double révérence de Kant pour « le ciel étoilé au-dessus de moi » et « la loi morale en moi ». C’est ce même but intérieur, et nul autre, que choisit Minh Ly Dao.
II. Le Principe directeur. L’auteur définit les deux mots du nom « Minh Ly ». Minh signifie s’éveiller soi-même et se garder de se leurrer soi-même : savoir ce qui est juste sans feindre de l’ignorer. Ly ne désigne pas un raisonnement tiré des sens et variant selon chacun, mais la juste raison absolue du Ciel Antérieur, présente naturellement au cœur de chacun comme étalon de toute conduite — « fixe en son fond, sans lieu fixe », telle une étincelle latente dans la pierre, jaillissant partout où on la frappe. Le Kinh Bo Cao de Minh Ly Dao résume cela en un quatrain : la Voie est la racine à chercher, la conscience éclairée (Minh) examine toute chose, cette Vérité (Ly) est la nature véritable sans dualité, résolvant bonheur et malheur sans partialité. Citant Lao Tseu (« connaître autrui est sagesse ; se connaître soi-même est illumination ») et le Juste Milieu (« celui de parfaite sincérité peut pleinement percevoir sa propre nature, puis celle d’autrui, puis celle de toute chose, et ainsi participer à l’œuvre du Ciel et de la Terre »), l’auteur explique enfin, à travers l’hexagramme Trach Loi Tuy (« Suivre »final), que Minh Ly consiste à employer sa propre nature pour rejoindre le sentiment d’autrui et le ramener à sa racine, sans jamais oublier son propre axe.
III. Minh Ly Dao en relation avec le confucianisme, le bouddhisme, le taoïsme et la philosophie. L’auteur soutient que la Nature rationnelle (ly tanh) est fondamentalement une seule et même chose, quoique désignée par des noms différents selon les traditions. Il cite l’échange célèbre entre Confucius et son disciple Tseng (« Ma Voie est traversée par un seul principe » — expliqué par Tseng comme « sincérité et considération d’autrui », puis précisé par Tchou Hi comme le principe unique répondant universellement à chaque situation, à la manière dont le Ciel et la Terre, d’une sincérité sans fin, donnent à chaque chose sa juste place). Il dresse ensuite une liste comparative des noms donnés à ce Principe Un : dans le confucianisme, le Faîte Suprême, le Cœur de la Voie, la Vertu Illustre, la Nature mandatée par le Ciel, la Connaissance Innée (Luong Tri), la Bienveillance, le Principe Céleste ; dans le taoïsme, l’Esprit de la Vallée, le Vrai Éternel, la Conscience Céleste, la Nature Véritable, l’Élixir d’Or (« le Ciel, ayant atteint l’Un, devient pur ; la Terre, ayant atteint l’Un, devient stable ; les esprits, ayant atteint l’Un, deviennent numineux ») ; dans le bouddhisme, la Vraie Ainsité, la Nature de Bouddha, l’Esprit Merveilleux de l’Illumination Première, le Sein du Tathagata, le Corps de Dharma, le Vrai Soi (« l’esprit, les Bouddhas et tous les êtres sensibles — ces trois ne font aucune différence »). L’auteur conclut que la multiplicité des noms égare le lecteur qui n’y voit pas l’unité sous-jacente : fixer sa contemplation sur ce Principe Un — que la pensée occidentale appelle le noumène — suffit à en faire jaillir la force jusque dans l’action elle-même ; Minh Ly ne discourt sur rien d’autre que ce même Un, de sorte qu’il ne saurait être tenu pour une doctrine étrangère — la différence entre les traditions ne tenant qu’à la profondeur de la compréhension et de la pratique.
