CAUSALITÉ RESPONSIVE – REPENTIR – MÉRITE ET VERTU
CHAPITRE QUATRE
Résumé
I. La Causalité responsive (Cam Ung). Cam signifie ébranler, Ung signifie réagir : à toute action stimulante répond une réaction. Le Kinh Cam Ung de Duc Thai Thuong Lao Quan ouvre sur cette formule : « le bonheur et le malheur n’ont pas de porte fixe ; c’est l’homme lui-même qui les appelle ; la rétribution du bien et du mal suit comme l’ombre suit la forme. » Le bouddhisme exprime la même idée par la Loi de Cause à Effet, s’étendant sur trois existences, se divisant en rétribution directe (sur sa propre personne) et rétribution dépendante (sur son entourage). Toute action passe par trois étapes — motif, moyen, résultat — le Hinayana jugeant l’acte à son résultat social, le Mahayana (rejoignant le confucianisme et le taoïsme) au motif intérieur, germe premier d’où procède tout le vrai, le bien et le beau. Citant un long enseignement de Duc Thai Thuong Lao Quan par écriture automatique, l’auteur distingue le résultat extérieur (renommée, richesse — simple écho fugace, hors de notre maîtrise, dont la poursuite éloigne de la Voie) du résultat intérieur (l’illumination de la Nature rationnelle, obtenue en se surpassant chaque jour un peu plus, et bien plus accessible) — rappelant le mot de Confucius : « la bienveillance est-elle donc si lointaine ? Dès que je désire la bienveillance, la voici qui arrive. » Citant Mencius (« la bienveillance triomphe toujours de la malveillance, comme l’eau du feu ; mais qui aujourd’hui pratique la bienveillance n’y met pas toute sa force… » et le célèbre passage sur les épreuves que le Ciel impose à qui il destine une grande tâche), l’auteur conclut qu’accepter avec bonne volonté les effets douloureux de nos propres causes passées, sans se décourager, ouvre la voie au repentir et au mérite.
II. Le Repentir (Sam Hoi). Le mot Sam, transcription du sanskrit ksamayati, se combine avec Hoi (regret) : Sam signifie confesser les fautes passées, Hoi renoncer aux fautes futures. Le Sixième Patriarche Houei-neng distingue ainsi les deux volets du repentir. Deux formes en découlent : le repentir en pratique (Su Sam) — remplaçant, faute de confession hebdomadaire comme chez les chrétiens, par l’écoute attentive des écritures lors des prières bimensuelles de la nouvelle et de la pleine lune, et par les deux sentiments de honte que sont tam (honte devant sa propre conscience) et quy (honte devant la bonté d’autrui, tel un Sage ou un maître) — et le repentir en principe (Ly Sam), fondé sur la compréhension que le péché lui-même est par nature vide, n’existant que par la confusion de l’esprit, ainsi que l’énonce le Sutra de la Bouche Enflammée de Yoga : « la nature du péché est originellement vide, créée par l’esprit ; quand l’esprit s’éteint, le péché s’éteint aussi. » Ce repentir sans forme, issu de la Nature rationnelle elle-même, demeure toutefois une méthode passive : à l’image d’un jardinier qui arrache les mauvaises herbes, il ne fait que réduire la faute ; il doit ensuite être suivi de la culture active des bonnes graines déjà présentes, c’est-à-dire du Mérite et de la Vertu.
III. Le Mérite et la Vertu (Cong Duc). Une distinction classique bouddhique définit : donner une chose à autrui est le Mérite ; reconnaître ce mérite comme sien est la Vertu. Mais le Sixième Patriarche, dans le Sutra de l’Estrade, enseigne que construire des temples, soutenir les moines ou faire l’aumône ne relève que de la « bénédiction et vertu » (phuoc duc), non du véritable « mérite et vertu » (cong duc), lequel réside uniquement dans le Corps du Dharma — la propre nature de chacun — se manifestant par l’humilité intérieure et la conduite conforme à la bienséance. L’auteur rapporte le célèbre échange entre Bodhidharma et l’empereur Wu des Liang, ce dernier se targuant d’avoir bâti des temples et nourri des moines : « il n’y a en cela vraiment aucun mérite ni vertu », répond le Patriarche, car le cœur de l’empereur restait empli d’espoir intéressé de bénédiction plutôt que fondé sur la droiture désintéressée. Ce mérite véritable, dit « mérite et vertu non conditionnés » (vo lau tanh cong duc), se reconnaît, selon Mencius, non à un éclat ponctuel mais à la constance héroïque d’un cœur fidèle à une seule vertu en toute circonstance. L’auteur termine par un exposé sur la double culture (song tu) de la Nature (Tanh) et de la Destinée (Mang) : les esprits supérieurs les réalisent d’un seul coup (enseignement soudain), les esprits ordinaires progressivement, alternant l’une et l’autre (enseignement graduel) — la culture de la Nature consistant à agir selon la conscience et la Nature rationnelle, la culture de la Destinée à raffiner l’énergie du Ciel Postérieur pour la ramener au Ciel Antérieur, selon la formule du Tao Te King : « retourner à la racine s’appelle quiétude ; la quiétude s’appelle restauration de la destinée ; la restauration de la destinée s’appelle constance ; et connaître cette constance s’appelle Illumination (Minh) » — undevoilant ainsi un sens plus profond encore du mot « Minh » dans le nom même de Minh Ly. Citant enfin l’Immortel Lu Tung-pin (« cultiver la Destinée sans cultiver la Nature est le tout premier mal de la pratique religieuse ; cultiver la Nature sans cultiver la Destinée laisse l’esprit lié au yin pendant dix mille kalpas, incapable d’entrer au rang des Sages »), l’auteur conclut que seule la culture conjointe des deux mène à la pleine réussite.
