Minh Lý Đạo - Tam Tông Miếu

Sur l’Évolution

SUR L’ÉVOLUTION

Sermon prononcé le 15e jour du premier mois lunaire, année Canh Tuat (1970), par Nguyen Minh Thien, Tam Tong Mieu

Résumé

À l’occasion de la fête de l’Officier Céleste dispensateur de bénédictions, l’auteur choisit pour sujet l’évolution, tout en reconnaissant la modestie de sa propre compétence sur un thème aussi vaste, débattu tant en Orient qu’en Occident.

Définitions. Tien (progrès) signifie avancer, passer du médiocre à l’habile, du bas au haut de l’échelle ; Hoa (transformation) signifie changement continu — que l’on souhaite ou non, chacun doit avancer, plus ou moins vite selon son effort. L’opposé, la dévolution, signifie qu’à défaut d’avancer, on recule inévitablement. Le Créateur, aimant tous les êtres comme une mère aime son enfant, ne saurait vouloir cela — mais certains, obstinés, refusent d’écouter et doivent en subir la souffrance, comme des enfants qu’un parent aimant doit punir pour les ramener à la raison. Citant le Minh Ly Chon Giai (« prendre la souffrance pour maître »), le dicton occidental « la douleur, c’est notre maître », et un commentaire bouddhique traduit par l’auteur lui-même sur les bienfaits de l’épreuve pour approfondir la sagesse et transformer le malheur en bénédiction, l’auteur conclut que la souffrance est une condition nécessaire de l’évolution, en particulier pour les âmes encore faibles et hésitantes.

Sur quoi se fonde la connaissance de l’évolution ? L’auteur distingue trois niveaux : la Sensation, la Perception et l’Intuition. La Sensation est la connaissance grossière des cinq organes des sens, chacun limité à sa propre fonction, image comparée par les textes bouddhiques à cinq « éclaireurs » dont les rapports doivent être centralisés. La Perception, ou sixième conscience mentale, organise ces sensations pour juger le bien du mal ; elle demeure toutefois obscurcie par l’attachement au Soi (la conscience Manas s’accrochant à la conscience Alaya) — d’où la nécessité, selon le Bouddha, d’éteindre cet ego égoïste pour révéler le Tathagatagarbha, la Vraie Réalité. L’Intuition enfin perçoit directement cette Vraie Réalité, la Nature rationnelle présente partout et nulle part, telle l’étincelle latente dans le silex ; toute chose extérieure n’a de réalité que par notre propre conscience, d’où la nécessité de garder l’esprit pur et sans pensée, selon le Hien Tong Ky de Chen-houei : « l’absence de pensée est le principe fondamental… la vraie vacuité est la substance, l’existence merveilleuse en est la fonction. » L’auteur reconnaît la difficulté de maintenir durablement cet état de non-pensée, la vie mondaine y faisant sans cesse obstacle, d’où la nécessité d’un effort supplémentaire de non-agir (vo tac), puis de la méditation profonde du Chan ou de l’alchimie taoïste, seule voie vers la libération complète — évoquant enfin la critique occidentale de Hegel sur l’esprit absolu, et concluant que ce point ultime — rejoindre sa propre Vraie Réalité — est précisément le Paradis, le Nirvana, le royaume sans naissance ni mort.

Ces trois étapes, précise l’auteur, sont continues et non cloisonnées, comme l’illustre l’exemple du nourrisson (sensation pure, sans jugement, tel « le cœur de l’enfant nouveau-né »), de l’adolescent (perception, encore attaché aux apparences, selon l’avertissement du Sutra du Diamant : « celui qui me cherche par la forme ou la voix emprunte une voie déviante »), et enfin du vieillard sage (intuition, ayant dépassé les distinctions de soi et d’autrui) — citant le Sutra du Cœur de Minh Ly Dao : « ce n’est que sans soi ni dharma que la sagesse s’ouvre et franchit l’autre rive. »

La théorie de l’évolution selon chaque tradition. Le bouddhisme enseigne que la Vraie Réalité de l’homme, le Tathagatagarbha, est par nature non née et non détruite, simplement obscurcie par l’Ignorance, comparée à une illusion optique qui se dissipe d’elle-même une fois l’œil guéri. Le taoïsme enseigne que les êtres naissent par la loi du Yin et du Yang à partir du Tao Te King (« la Voie engendre l’Un, l’Un engendre les Deux, les Deux engendrent les Trois, les Trois engendrent les dix mille choses ») ; en ce sens, on peut véritablement parler d’évolution, puisque l’homme brise lui-même la confusion de cette loi pour remonter vers la clarté de la Voie. Le confucianisme, partageant la même cosmologie, concentre son effort d’évolution sur la Voie de l’Humanité — piété filiale, loyauté, bienséance — avec moins d’insistance sur le transcendant, comme le confirme le disciple Zigong. L’auteur mentionne enfin, sans les développer, les théories occidentales de Darwin, Kant et Hegel.

Conclusion. La valeur de la religion réside précisément dans l’évolution ; sans étude ni culture assidue, entrer en religion ne diffère en rien de la vie ordinaire. Même sans devenir Immortel ou Bouddha, on peut devenir Sage ou Digne, ou du moins un honnête membre de la société — occasion d’autant plus précieuse en cette époque où Immortels et Bouddhas dispensent leur enseignement.

Avec toute la sincérité du cœur.