PRATIQUE ÉSOTÉRIQUE PRÉPARATOIRE (DU BI HUYEN CONG)
Résumé
Ce texte de vingt-cinq strophes, transmis par Duc Ha Tien Co, expose la méthode préparatoire de la pratique ésotérique (Huyen Cong) : « régler le corps, régler le souffle, régler l’esprit ». Il exhorte le pratiquant à poser d’abord des fondations solides — préceptes, règles et discipline — en se tournant sans cesse vers l’introspection, rectifiant le cœur et éteignant le désir pour laisser apparaître le merveilleux. Il faut mettre entièrement de côté les affaires mondaines, se libérer de la prison des passions, de la renommée et du profit, s’attacher fidèlement à la Foi, au Vœu et à la Pratique, réciter assidûment l’Inscription de la Foi en l’Esprit, puis dédier le mérite au Ciel par une marche méditative lente et naturelle.
Le texte insiste longuement sur l’importance capitale de préserver l’esprit, « point de départ de toute culture », citant les Sages anciens qui « préservaient le centre et s’attachaient à l’Un » pour atteindre la connaissance complète, agissant sans agir et accomplissant sans s’efforcer. Il faut fermer solidement les six portes des sens pour empêcher l’intrusion des sept passions et des six voleurs ; dès que l’esprit ordinaire s’éteint, l’esprit de la Voie apparaît aussitôt, et corps et esprit s’allègent. Le pratiquant doit apprendre à reconnaître cette division du même esprit en deux : sage et ordinaire, vrai et faux, allant et venant sans cesse.
En position assise et immobile, l’attention tournée vers l’intérieur, l’esprit revient de lui-même, comme entre veille et rêve, jusqu’à ce que le soi, autrui, le Ciel et la Terre s’apaisent entièrement — la substance originelle de l’esprit apparaissant alors telle la contrée légendaire de Bồng Lai (Penglai), l’Île des Immortels. Mais que les yeux et les oreilles s’agitent à nouveau, et l’esprit retourne aussitôt vers les conditions extérieures, retombant dans la confusion. Le texte met en garde contre la complaisance : croire son travail achevé et négliger la quiétude laisse les conditions obstructives s’amasser comme des nuées, et les pensées fausses surgir comme une horde de démons ; il faut rester vigilant à chaque instant — en marchant, debout, assis ou couché — retenant chaque pensée dès qu’elle s’élève, sous peine de se perdre dans la forêt intérieure. L’essence de l’esprit est au-delà du bien et du mal, tandis que sa fonction engendre des intentions tantôt vertueuses, tantôt non ; seule l’union de la conscience et de la connaissance permet de discerner sans erreur le juste de l’injuste.
Ayant appris à préserver l’esprit et à nourrir sa nature, le pratiquant peut s’élever au rang de Sage : d’abord se détacher entièrement des conditions et attachements mondains pour résoudre toute affliction ; puis garder le cœur en paix, à l’abri de cent maux, insensible aux vicissitudes de la souffrance, de la joie, de la perte et du gain ; enfin, l’esprit devenu vide, doux, harmonieux et radieusement clair, la pratique s’approfondit chaque jour, jusqu’à ce que la lampe de la Sagesse Prajna dissolve instantanément toute illusion, ouvrant la voie au Nirvana et à la libre errance à travers l’univers tout entier.
Le texte se conclut par un huitain résumant l’art de la Pratique Ésotérique : lâcher entièrement les conditions mondaines tout en tenant fermement la Sagesse Prajna et le souvenir de la vraie vacuité ; s’asseoir immobile comme une statue, veillant comme un chat à l’affût ; bouche close, langue recourbée, souffle léger — jusqu’à ce que l’esprit, porté par le souffle, atteigne le Paradis des Immortels.
DUC HA TIEN CO
