TRAITÉ SUR LA CAUSALITÉ RESPONSIVE (Partie 2, suite de la Partie 1)
Chapitre Deux : Comment la Causalité Responsive Opère à Travers le Bien et le Mal
I. Les bonnes actions à accumuler. S’appuyant sur le Kinh Cam Ung, l’auteur résume plusieurs catégories de conduite vertueuse : avancer sur le droit chemin et reculer du mauvais ; accumuler vertu et mérite, étendant la compassion même aux animaux ; loyauté et piété filiale, harmonie entre frères et sœurs, et se corriger soi-même avant de corriger autrui ; aider autrui en cas d’urgence et le sauver d’un danger mortel, qu’il s’agisse d’un ami, d’un étranger ou même d’un ennemi ; endurer l’insulte sans ressentiment et recevoir une faveur avec humilité plutôt qu’avec orgueil ; et faire le bien sans en attendre récompense. Il avertit qu’aucune vertu n’est absolue en toute circonstance — la compassion envers les animaux ne signifie pas refuser de jamais tuer une bête dangereuse, ni le don charitable de remèdes n’a de sens si l’on ne comprend pas réellement la maladie.
II. Les récompenses de la bonne conduite. Le Kinh Cam Ung énumère plusieurs formes de rétribution : le respect universel d’autrui, quel que soit le rang ; la protection de la propre voie du Ciel ; la bénédiction et la fortune qui suivent sans être recherchées, comme l’ombre suit la forme ; le recul des esprits mauvais et des démons devant la vertu authentique, incapables d’y résister comme l’obscurité ne peut résister au soleil ; la protection des esprits, qui favorisent le loyal, le filial, le droit et le vertueux ; et le succès ultime de ses entreprises — voire, potentiellement, l’atteinte de l’immortalité elle-même.
III. Les maux à éviter. L’auteur énumère (abrégeant le catalogue original bien plus long du Kinh Cam Ung) une vingtaine de catégories de méfaits : agir injustement ou contre le droit principe ; nuire secrètement aux gens de bien ou manquer secrètement de respect envers souverains et parents ; opprimer ses subordonnés pour se faire valoir, ou flatter ses supérieurs pour gagner leur faveur ; recevoir la bonté sans gratitude, ou nourrir des rancunes sans fin ; tuer pour le gain, ou usurper la position d’autrui par traîtrise ; abuser des veuves et des orphelins, ou accepter des pots-de-vin et subvertir la justice ; connaître ses fautes sans les corriger, ou connaître le bien sans agir en conséquence ; se moquer des sages et des dignes, ou saper la vertu ; cruauté inutile envers les animaux — chasse, piégeage, destruction des nids et des œufs ; assurer son propre confort aux dépens d’autrui ; exposer par méchanceté les fautes ou affaires privées d’autrui ; dilapider la richesse d’autrui, ou briser des familles ; s’emparer de ce qu’un autre aime, ou aider autrui à mal agir ; abuser du pouvoir pour humilier autrui par plaisir de la victoire ; gaspiller le grain ou épuiser inutilement gens et créatures ; détruire des biens par inondation ou incendie pour nuire aux habitants ; nourrir du ressentiment quand une demande est refusée ; rabaisser par jalousie le talent véritable d’autrui ; récompenser et punir injustement, ou s’adonner au plaisir sans retenue ; blâmer le Ciel ou maudire le temps pour son propre malheur ; écouter les désirs d’une épouse ou concubine plutôt que l’ordre d’un parent ; tricher avec de fausses mesures et de faux poids ; convoitise sans limite, ou prêter de faux serments d’intégrité ; nuire aux nourrissons ou provoquer une fausse couche, et agir en secret furtif et déshonorant. L’auteur note que le simple fait de s’abstenir du mal actif n’équivaut pas à être véritablement bon — citant Tchouang-tseu : « un seul jour sans pensée de bonté, et toute sorte de mal surgit de lui-même » — car négliger de cultiver activement la vertu est déjà en soi un écart par rapport à la loi de l’évolution.
IV. Les malheurs qui suivent la mauvaise conduite. Correspondant aux méfaits ci-dessus, le Kinh Cam Ung décrit des conséquences graduées : l’Arbitre du Destin (Tu Mang) réduisant la durée de vie allouée selon la gravité de l’offense ; une fois la durée allouée épuisée, la mort suit, toute dette restante étant transmise aux descendants — les membres de la famille, liés par des liens karmiques partagés, partageant inévitablement les conséquences les uns des autres ; la richesse mal acquise consumant finalement tout le foyer par une mort prématurée, surtout lorsque les membres de la famille ont sciemment bénéficié du méfait ou l’ont encouragé ; là où la mort ne suit pas immédiatement, des calamités telles qu’inondation, incendie, vol, maladie ou litige dépouillent au contraire graduellement la valeur de ce qui a été injustement acquis (d’où le dicton : « la richesse injustement acquise n’enrichit jamais vraiment ») ; et le meurtre injuste retournant finalement sur le meurtrier, que ce soit par la justice humaine, la vengeance privée, ou le cycle sans fin de la rétribution karmique à travers les réincarnations.
V. Le bien et le mal naissent d’abord comme pensée. Le Kinh Cam Ung enseigne qu’à l’instant même où une bonne pensée s’élève dans le cœur, un esprit bienveillant commence déjà à accompagner cette personne, avant même qu’aucun acte ne soit accompli — et de même une pensée mauvaise attire immédiatement un esprit malveillant, avant même que le méfait ne soit commis. L’auteur souligne que l’esprit est la racine d’où procèdent toute parole et tout acte extérieurs, de sorte que la pensée privée habituelle, entretenue assez longtemps, finit par dominer la volonté propre d’une personne et s’exprime en parole et en acte presque sans qu’elle s’en rende compte — telle une plante qui, une fois enracinée et germée, laisse une trace même après avoir été coupée, et peut repousser si la racine elle-même n’est pas retirée. Il note que les penseurs moraux occidentaux tiennent de même que « tel un homme pense, tel il devient » — faisant écho à l’enseignement oriental selon lequel il faut garder non seulement ses actes mais ses pensées mêmes, cultivant délibérément de bonnes pensées jusqu’à ce qu’elles deviennent l’inclination naturelle de l’esprit.
VI. Une exhortation au repentir et à la réforme. Le Kinh Cam Ung promet que même celui qui a mal agi par le passé peut, par un repentir sincère et une pratique soutenue du bien, finalement convertir le malheur en bénédiction — citant la formule selon laquelle celui qui parle, considère et agit avec bonté trois fois par jour recevra, après trois ans, la bénédiction du Ciel, tout comme celui qui parle, considère et agit mal trois fois par jour recevra, après trois ans, le malheur du Ciel. L’auteur compare cela à un « point de saturation » scientifique : le mérite ou le démérite accumulé ne produit aucun effet visible avant de franchir un certain seuil, ce qui explique pourquoi de petites bonnes ou mauvaises actions apparentes semblent parfois apporter une récompense ou une punition disproportionnée. Il conclut le chapitre en exhortant que la seule façon de transformer le malheur en bénédiction n’est pas de chercher au loin mais simplement de pratiquer la bonté et d’abandonner le méfait avec constance, comme on garderait sa propre maison propre pour accueillir des invités d’honneur plutôt que de la laisser tomber en désordre.
Chapitre Trois : La Causalité Responsive Selon le Bouddhisme et le Confucianisme
I. Selon le bouddhisme. Le bouddhisme traite le même principe sous le nom de « cause et effet » (nhan qua) plutôt que « causalité responsive », reflétant des différences de terminologie entre traditions plutôt qu’une réelle différence de substance. Les bonnes actions apportent un bon résultat, les mauvaises un mauvais résultat, sans exception — comme l’enseigne le Sutra du Nirvana, et comme l’énonce le vers du Sutra de Cause et Effet : « pour connaître les causes d’une vie passée, regarde ce que l’on reçoit dans celle-ci ; pour connaître les fruits de la vie prochaine, regarde ce que l’on fait dans celle-ci. » Le bouddhisme évite délibérément d’attribuer ce processus à la volonté arbitraire des esprits, précisément pour empêcher les gens d’imaginer que le rituel et la prière seuls, sans réelle discipline personnelle, peuvent plier le destin à leur guise — comme l’illustre le fait que même les quarante-huit grands vœux du Bouddha Amitabha pour sauver tous les êtres ne peuvent sauver quelqu’un qui se contente de réciter son nom sans réellement réformer sa conduite. Le Sutra de l’Estrade enseigne que « être sauvé par sa propre nature est le vrai salut » — n’employant sa propre sagesse innée (prajna) et sa juste vue pour surmonter l’ignorance et l’illusion que pour ensuite laisser le salut du Bouddha suivre.
II. Selon le confucianisme. Le confucianisme, partageant des racines classiques communes avec le taoïsme (notamment le Livre des Mutations), enseigne de même ce principe sans lui donner de nom distinct. L’auteur cite plusieurs sources classiques : l’enseignement du Livre des Mutations selon lequel « une maison qui accumule de bonnes actions aura sûrement une bénédiction abondante ; une maison qui accumule le mal aura sûrement un malheur abondant » ; l’affirmation du Livre des Documents selon laquelle le Ciel envoie cent bénédictions sur la bonne conduite et cent calamités sur la mauvaise ; et l’enseignement de Confucius lui-même selon lequel le Ciel récompense le bon par la bénédiction et le méchant par le malheur. L’auteur souligne un épisode mémorable : lorsque Confucius tomba malade et que son disciple Zilu demanda à offrir des prières en son nom, Confucius répondit qu’il « priait » déjà depuis longtemps — signifiant que sa pratique constante de correction de ses propres fautes était elle-même la forme la plus vraie de prière. Mencius enseignait de même qu’« il n’y a pas de fortune ou de malheur qu’une personne ne s’attire, en fin de compte, elle-même », citant le Livre des Odes et le Livre des Documents (« la calamité envoyée par le Ciel peut encore être évitée ; la calamité que l’on s’attire soi-même ne peut être survécue »).
Chapitre Quatre : Une Conclusion Réconciliant les Trois Enseignements
I. Les Trois Enseignements diffèrent d’accent mais se complètent. Le taoïsme fonde la causalité responsive principalement sur les esprits, le confucianisme sur les relations éthiques humaines, et le bouddhisme sur la propre nature intérieure. Chaque accent, pris isolément, comporte son propre risque : s’appuyer uniquement sur la vision taoïste de la récompense et de la punition divines risque de favoriser une dépendance passive envers les puissances extérieures ; s’appuyer uniquement sur l’éthique confucéenne mondaine risque de négliger l’avenir spirituel ; et s’appuyer uniquement sur l’accent bouddhique sur la propre nature risque de négliger la révérence due aux esprits. Correctement compris, cependant, les trois convergent, puisque (par analogie avec les facultés psychologiques d’intellect, de sentiment et de volonté, toutes trois présentes en proportions différentes dans chaque action humaine) le confucianisme met l’accent sur l’intellect, le taoïsme sur le sentiment, et le bouddhisme sur la volonté/intention.
II. Bien que les Trois Enseignements diffèrent sur le fatalisme et le déterminisme, tous mènent vers le même chemin de libération. Certains objectent que le confucianisme et le taoïsme enseignent le « Mandat du Ciel » (fatalisme) tandis que le bouddhisme enseigne un déterminisme strict de cause à effet, ces vues étant irréconciliables. L’auteur soutient que le conflit apparent se dissout à l’examen : le « Mandat du Ciel » confucéen-taoïste n’est pas le fatalisme absolu d’un dieu-souverain capricieux agissant arbitrairement, mais plutôt le Ciel agissant comme un juge impartial appliquant une loi morale fixe — récompense et punition suivant strictement de sa propre conduite, capables d’être altérées par un repentir et une réforme sincères, selon l’adage : « le Ciel détermine le destin d’un homme ; l’homme crée son propre destin ; la détermination de l’homme peut même surpasser celle du Ciel. » Ceci est fonctionnellement identique à l’enseignement bouddhique de cause à effet à travers trois vies : les deux tiennent que la rétribution suit strictement et impartialement de sa propre conduite, et les deux préservent une réelle liberté de volonté. L’auteur met fortement en garde contre la lecture fataliste erronée qui traite la souffrance d’autrui comme une punition méritée à laquelle il ne faut pas s’ingérer — soutenant que cette vue est incompatible avec la compassion véritable, puisque c’est précisément notre devoir d’aider autrui à reconnaître ses erreurs et à trouver son chemin vers une meilleure voie. Il conclut en déplorant une époque de conflit constant motivé par le partisanerie égoïste, et exhorte que seule une réconciliation véritable des cœurs — non la division sectaire pour elle-même — peut mener vers l’idéal partagé de l’harmonie universelle (Dai Dong), qu’il définit, citant le Livre des Rites, comme un monde où le souverain traite le royaume comme appartenant à tous, où les personnes dignes et capables sont choisies pour diriger, où les promesses sont tenues, où les vieux sont soignés, où les jeunes sont nourris, où veuves, orphelins et handicapés sont pourvus, où la richesse n’est pas égoïstement thésaurisée, et où l’effort n’est pas dépensé seulement pour soi-même — de sorte que les intrigues et le vol cessent et que même les portes n’aient pas besoin d’être verrouillées.
Nguyen Minh Thien
